mardi 21 juin 2016

Portrait / Olivier Toussaint

Maréchal-ferrant à Petithan




ADL : En quoi consiste le travail d’un maréchal-ferrant aujourd’hui ?

Olivier Toussaint : Il consiste toujours à parer et à ferrer les équidés (chevaux, ânes et mules).   Avant, on ferrait les bœufs, mais je n’ai pas connu cette époque-là…  


ADL : Que signifie « parer » et pourquoi ferre-t-on un cheval ?

O.T. : Parer le sabot d’un cheval signifie l’entretenir en lui donnant sa forme et sa longueur optimale.  Il faut savoir que la corne d’un sabot de cheval pousse en moyenne de 1 cm par mois.  Il est donc important de la couper 4 fois par an pour éviter les cassures, abcès ou inflammations.
Quant au ferrage, son but est de limiter l’usure du sabot ou l’écart orthopédique, en cas de problème de tendon, par exemple.


ADL : Où se trouve votre atelier ?

O.T. : Avant, j’avais une forge à mon domicile, mais maintenant plus.  Je suis itinérant et me déplace avec une forge ambulante chez les clients. C’est ainsi que je vais parfois jusqu’à Arlon, Bertrix… ainsi que dans le Namurois et la région liégeoise.

ADL : Quelle est votre formation de base ? 

O.T. : Je suis diplômé de l’école de Maréchalerie de Bruxelles et dispose également d’un Certificat d’Aptitudes Pédagogiques (C.A.P.).



ADL : Pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel ?  

O.T. : Au sortir de mes études, en 1995, je me suis directement lancé comme maréchal-ferrant indépendant. Dix ans plus tard, l’école de Maréchalerie est venue me chercher pour assurer un remplacement. J’ai continué à y enseigner à mi-temps et, depuis 6 ans maintenant, je travaille à temps plein (3 jours par semaine) à Anderlecht et à Libramont.
ADL : Vous avez donc dû diminuer votre clientèle ?

O.T. : Non, je l’ai gardée. C’est pourquoi je travaille 6 jours sur 7, ainsi qu’une trentaine de dimanches matins par an. Je suis un passionné de chevaux !   

ADL : Egalement en dehors du travail ?

O.T. : Oui, jusqu’il y a deux ans, je participais à des concours d’attelage, mais j’ai arrêté par manque de temps… Je profite de l’occasion pour souligner le magnifique concours national, organisé par Bernard Dandrifosse, à Petithan. Un des plus beaux de la province !


ADL : Parlez-nous de l’école de maréchalerie…

O.T. : Autrefois, il fallait se rendre à l'école de Maréchalerie d'Anderlecht. Mais, il y a 8 ans, cette école réputée a ouvert deux antennes : une à Libramont, sur le champ de Foire, et l’autre à Ghlin, sur l’hippodrome. Aujourd’hui, les 3 sites recensent, au total, plus ou moins 100 étudiants et environ une dizaine de diplômés sortent chaque année après 3 ans de cours et de stages (3 jours de cours + 2 jours de stage par semaine).


ADL : Y a-t-il des conditions d’admission et quel est le programme de cours ?

O.T. : La seule condition est d’avoir au moins 18 ans.  Quant aux cours, on y enseigne l'hippologie (l’anatomie du cheval), le forgeage des outils du maréchal-ferrant, la maréchalerie et la gestion.




Mr Toussaint m’invite à voir les outils qu’il a réalisés lui-même pour la remise des diplômes des 3 premiers élèves lauréats 2016.  Pour un de ces outils, il m’explique que le travail a nécessité 80 couches d’acier (technique du « Damas », comme pour la réalisation de sabres) et ce, pendant 25 à 30 heures.  Un « petit » cadeau d’encouragement !





ADL : Le métier de maréchal-ferrant requiert-il obligatoirement un diplôme spécifique ?   Existe-t-il un accès à la profession ?

O.T. : Le diplôme de maréchal-ferrant est reconnu par la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais la profession n’est malheureusement pas encore reconnue. Tout le monde peut se prétendre maréchal-ferrant du jour au lendemain. Pourtant, travailler sur un animal vivant (qui a souvent beaucoup de valeur) engage d’énormes responsabilités…

ADL : Quelle est votre principale motivation pour exercer ce métier ?

O.T. : C’est autant l’amour du cheval que l’amour de la forge, combinaison du feu et du métal. 



ADL : Quelles sont les qualités requises pour être un bon maréchal-ferrant ?

O.T. : Avant tout, c’est de bien connaître le cheval (son anatomie, ses aplombs, ses allures) et toutes les maladies possibles du pied.  Le maréchal-ferrant travaille en étroite collaboration avec le vétérinaire en cas de maladies ou de blessures.  Il se base, alors, sur le protocole du vétérinaire, les radios (ou IRM) pour soigner le pied du cheval. 
C’est également un métier exigeant qui demande force et dextérité.  Il faut pouvoir supporter le poids (et l’humeur) du cheval.  Le dos est mis à rude épreuve !  En moyenne, la durée de carrière d’un maréchal-ferrant est de 15 ans. Nous sommes des exceptions…  Et dire que le « papa Lizen » a ferré juqu’à ses 80 ans !





ADL : Et vous n’avez jamais eu d’accident ?

O.T. : Non, à part quelques coups de pied, rien qui m’ait empêché de travailler !

ADL : Est-ce que le métier a évolué ? 

O.T. : La technique de forge est restée la même. Ce sont les matériaux qui ont évolué.  Nous utilisons aujourd’hui des produits à 2 composants qui permettent d’amortir les chocs.  

ADL : D’où l’importance de la formation continuée ?

O.T. : Oui, bien sûr !  Il faut toujours se mettre au courant des nouveautés. Grâce aux diagnostiques de plus en plus pointus, de nouvelles boiteries (NDLR : Irrégularités dans les allures du cheval) sont décelées et de nouvelles solutions trouvées.

ADL : Quelles sortes de fers utilisez-vous pour ferrer ?

O.T. : Soit des fers mécaniques qui sont usinés et standards ou des fers correcteurs que l’on réalise entièrement à partir d’une barre droite. Chaque pied de cheval est différent. Les fers sont donc forgés « sur mesure ».

ADL : Trouve-t-on des fournisseurs dans la région ?

O.T. : Le plus proche est à Leignon.  Sinon, un autre se situe à Anvers et un autre du côté de Nivelles.


ADL : On compte 3 maréchaux-ferrants dans la commune et plus de 30 dans l’entièreté de la province. Y a-t-il du travail pour tous ?


O.T. : Il y a vingt ans, c’était un métier en voie de disparition, mais depuis lors, l’activité équestre n’a cessé de croître (NDLR : Selon la Fédération Belge du Cheval, il y aurait 1 cheval pour 31 habitants en Belgique). L’équitation est un sport qui s’est démocratisé et qui, désormais, est ouvert à tout le monde. Les propriétaires privés, qui ont quelques boxes et une piste chez eux, sont de plus en plus nombreux. Il y a donc du travail pour tous les maréchaux-ferrants de la province.





ADL : Quels types de chevaux soignez/ferrez-vous ?

O.T. : Principalement les chevaux de selle, c’est-à-dire ceux que l’on monte (les chevaux de concours, de randonnée ou d’attelage).  Occasionnellement, les chevaux de trait. Ceux-ci, précédemment destinés au labour et au débardage, sont de plus en plus également considérés comme des chevaux de loisir, soit pour les attelages, soit pour la randonnée.

ADL : Quelle est votre plus grande satisfaction dans votre travail ?

O.T. : C’est quand j’arrive à soulager les chevaux de leurs maux. Et le cheval vous en est parfois reconnaissant…  Je me souviens d’un cheval que j’ai guéri et qui a posé sa tête sur mon épaule avant de pousser un « Pfff » de soulagement !

ADL : Pensez-vous que la maréchalerie soit un métier d’avenir ?

O.T. : Oui, si on a les qualités requises et la motivation.

ADL : Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite devenir maréchal-ferrant ?

O.T. : De travailler, d’être passionné par le métier et de vouloir apprendre !






Olivier Toussaint
Rue de Givet, 40 – Petithan
0475 83 51 79







Entretien rédigé par Marie-Agnès Piqueray, été 2016 


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