vendredi 28 octobre 2016

Portrait | Au Garde-Manger d'Obélix à Wéris

Rencontre avec Cindy Sparmont & Fabrice Jehenson


ADL Durbuy : Madame Sparmont, pouvez-vous me dire ce que l’on peut trouver Au Garde-Manger d’Obélix ?

Cindy Sparmont : De tout ! Des articles de première nécessité, des produits bio et/ou locaux (fromages, charcuteries, bières, légumes…), de l’épicerie fine, du pain de la boulangerie Alvarez, ainsi que des viennoiseries et baguettes cuites sur place, des sandwichs « maison » (avec les légumes frais du magasin), des jeux de la Loterie Nationale, des journaux et revues, des cartes GSM, des paniers garnis, du gaz, des pellets… Je complète l’offre au fur et à mesure, en fonction de la demande de mes clients.



ADL : Comment définiriez-vous votre magasin ?  Une supérette, une épicerie de village, un magasin de dépannage… ?

C.S. : Pour moi, c’est plus qu’un magasin de dépannage puisque l’on y retrouve également des produits locaux et originaux (bières spéciales, biscuits artisanaux…).  Le Garde-Manger d'Obélix se différencie des grandes surfaces impersonnelles et de leurs produits standardisés par les contacts humains et les produits « à découvrir ».

ADL : Quels sont vos horaires ?

C.S. : Le magasin est ouvert tous les jours, sauf le jeudi. De 6h30 à 19h en semaine, de 7h30 à 19h le samedi, et de 7h30 à 14h le dimanche et les jours fériés. Durant les vacances, le magasin est ouvert non-stop.


ADL : Travaillez-vous seule ?

C.S. : En semaine, je suis seule au magasin et, durant le week-end et les grandes vacances, je travaille avec l'aide de deux étudiantes de Wéris.  De temps en temps, je peux également compter sur l’aide d'une voisine indépendante.

ADL : Un petit mot sur votre parcours professionnel et vos motivations à la création de ce commerce ?

C.S. : J’ai d’abord travaillé au « Pied Malin » (ancien magasin de chaussures), à Barvaux. Ensuite, en tant qu’aide-familiale pendant 6 ans. Il y a environ 7 ans, mon compagnon et moi avons acheté la maison à côté de l'ancienne épicerie (Épicerie des Dolmens), à Wéris. Celle-ci a fermé 3 ans plus tard. Nous avions toujours rêvé de lancer notre propre affaire et l’opportunité s’est présentée...  Et si on ouvrait un magasin ? Nous avons, alors, remis un prix pour la reprise du magasin et, près d’un an plus tard, en mai 2015, nous avons ouvert "Au Garde-Manger d’Obélix".
J'aime me lancer des défis et prendre des responsabilités !

ADL : Vos deux expériences professionnelles précédentes vous ont-elles aidée dans votre nouvelle aventure ?

C.S. : Oui, car gérer un tel commerce a un enjeu économique et social. C'est bien plus que de vendre des marchandises, c'est aussi recréer du lien social entre les habitants d’un village. Le magasin est un lieu de rencontres où les clients aiment se retrouver.

ADL : Comment expliquer la réapparition des petits commerces dans nos campagnes après leur déclin, il y a 20 ans d'ici ?

C.S. : Aujourd'hui, les consommateurs recherchent des produits de qualité et souhaitent savoir d’où ceux-ci proviennent. Les gens veulent recréer du lien, des contacts, de la proximité. Autre tendance : les petits producteurs se multiplient et préfèrent écouler leurs marchandises près de chez eux.

NDLR : Les différents gouvernements en charge du développement économique reconnaissent l'utilité et l'importance des magasins de proximité.  Le nombre de clients augmente, le nombre de ventes également en raison des facteurs suivants :
·      le vieillissement de la population renforce la demande de l'achat local
·      le changement de la composition des ménages, plus petits, plus actifs
·      la spécialisation des différents types de surfaces commerciales, avec une offre plus adaptée au type de clientèle. (SPF Economie)

ADL : Quelles sont les réactions des habitants de Wéris ?  

C.S. : Ils sont très heureux. Comme la reprise de l'ancien magasin a duré assez longtemps, beaucoup étaient impatients et nous ont apporté leur soutien. D’autres, par contre, étaient plus inquiets pour nous et nous conseillaient d'abandonner le projet. A la limite, ce sont ces clients-là qui, maintenant, viennent tous les jours !

ADL : Qui sont vos clients ?

C.S. : Des locaux, principalement. Pour apprendre à mieux connaître les Wérisiens, j’ai rejoint le comité du village et participé aux activités locales. De plus, la veille de l’ouverture du magasin, j’ai invité tous les habitants du village. Mon fils est également un bon ambassadeur puisqu’il parle du magasin à ses copains qui viennent, à vélo, chercher des chiques au magasin !
Nous recevons bien quelques touristes, mais ce ne sont pas eux qui nous font vivre. Ils viennent juste pour se dépanner. Généralement, les touristes qui louent des gîtes viennent avec tout ce qu’il leur faut.

ADL : Proposez-vous des livraisons à domicile ?

C.S. : Oui, dans un rayon d'une dizaine de kilomètres et en fin de journée. Mais, jusqu'à présent, il y a très peu de demandes. Les clients préfèrent venir au magasin.

ADL : Quelles sont les principales clés de votre succès ?

C.S. : La disponibilité (des heures d'ouverture très larges), la serviabilité (avoir un petit mot pour chacun) et une offre de produits de qualité que nous essayons de faire correspondre au mieux à la demande des clients. Ils apprécient également beaucoup l'arrivée de nouveaux produits « à découvrir ». Comme notre espace de stockage est restreint, nous n'avons pas beaucoup de marchandises en réserve, ce qui nous permet d'avoir toujours des produits frais. Un plus !

ADL : Sur base de quels critères sélectionnez-vous vos fournisseurs ?

C.S. : Pour les produits frais, nous donnons, si possible, la priorité au « bio » et au « local » pour faire vivre les gens d’ici.
Côté légumes, je travaille via un fournisseur car les maraîchers locaux proposent, par définition, des légumes de saison.  Or, les 3/4 des clients ont un potager et sont donc plutôt à la recherche d’autres légumes. En été, je vends plus de fruits (abricots, melons…) et, en hiver, les légumes que les clients n'ont plus dans leur jardin (poireaux, carottes...).   Je tente, dans la mesure du possible, qu’ils proviennent de Belgique.


Pour les autres produits, nous sommes attentifs au service (délais de livraison, prix…) et à la fraîcheur des marchandises.
Quant aux produits de dépannage (café, mayonnaise…), je vais les chercher au Colruyt avec une carte spéciale, réservée aux professionnels, afin d'obtenir le meilleur prix pour les clients.

ADL : Au début, comment vous êtes-vous fait connaître ?

C.S. : Nous avons distribué des flyers dans la commune, publié un encart dans « Les Annonces de l'Ourthe » et créé une page Facebook.  Nous sommes également repris dans le répertoire économique sur le site de la commune. Maintenant, c'est le bouche à oreille qui fonctionne. Prochainement, nous organiserons une dégustation de vins et de produits d’apéritif pour les fêtes. L'occasion de présenter également les menus de fêtes à réserver que nous propose notre fournisseur en charcuteries.


ADL : Avez-vous rencontré des difficultés ?  

C.S. : Oui, la première difficulté était l'obtention d'un financement auprès d'une banque. Les banquiers étaient frileux…  Six mois se sont écoulés avant que l’un d’eux ne nous fasse confiance.
Ensuite, ce sont les démarches vis-à-vis de l’AFSCA qui ont été laborieuses. Nous souhaitions le passage d’un agent AVANT d’effectuer les travaux nécessaires, mais ils ont refusé. Le passage devant s’effectuer APRES les travaux !?
Autre difficulté : la gestion des premières commandes de denrées périssables. Nous nous sommes fiés aux conseils de notre fournisseur qui avait misé beaucoup sur la clientèle touristique. Nous avons malheureusement dû jeter beaucoup de marchandises…  Depuis, nous avons mieux adapté notre offre à la demande.

ADL : Pourquoi ne pas avoir ouvert un magasin franchisé de proximité (Delhaize Proxi ou AD, Contact ou Express chez Carrefour) ?  N’était-ce pas plus facile ?

C.S. : Je voulais rester indépendante et garder le contrôle. Même si la gestion est plus compliquée vu le nombre de fournisseurs important (+/- une vingtaine),  je choisis les produits et fixe les prix moi-même. Rien ne m’est imposé !  Je pense également que les prix seraient de 10 à 15% plus chers pour les clients si c’était un magasin franchisé.


ADL : Quelle a été votre plus grande crainte ?

C.S. : Que ça ne marche pas ! Mais, jusqu’à présent, le plan comptable a été respecté tout au long de l’année, seuls les mois de février et de mars sont un peu moins bons. Ceci dit, on a quand même joué la sécurité : au cas où ça n’irait plus, nous transformerions le magasin en appartement assez facilement. Mais je ne voudrais pas en arriver là car j’aime vraiment bien ce que je fais !

ADL : A contrario, quelle a été votre plus grande satisfaction ?

C.S. : C’est de voir les clients satisfaits et les factures payées !

ADL : Avez-vous d’autres projets à court terme ?

C.S. : Oui, de petits projets d’amélioration tels que l’aménagement d’un petit « coin café » et l’acquisition d’un banc pour favoriser encore plus les contacts, ainsi que l’achat d’un parking à vélos pour les nombreux clients « cyclistes ».  Sinon, à plus long terme, nous souhaitons agrandir le rayon « bio/local ».



ADL : En guise de fin, pouvez-vous me donner 3 bonnes raisons de venir "Au Garde-Manger d’Obélix" ?

C.S. : Le service, la convivialité et les produits originaux de qualité !


Au Garde-Manger d'Obélix

Rue des Dolmens 10
6940 Wéris
Tél. : 086 21 90 82

augardemangerdobelix@hotmail.com
Facebook


Entretien rédigé par Marie-Agnès Piqueray

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