jeudi 22 juin 2017

Portrait | Sophie et Laurent Nys, Nys Fleurs à Barvaux






Nys Fleurs, c’est :
- Un magasin de fleurs
- Une production horticole de 2000 m²
- Un centre de jardinage (outils, semences, engrais, …)


C’est dans un tout nouveau magasin, à la décoration moderne et épurée, que Sophie et Laurent Nys nous ont consacré un peu de leur temps, fort compté en ce moment, pour répondre à nos questions.











ADL : Monsieur Nys, quand et avec qui l’aventure a-t-elle commencé ?

Laurent Nys : C’est mon grand-père qui s’est lancé dans l’horticulture, à Tohogne.  A l’époque, il écoulait sa production sur les marchés.  En 1948, il s’est ensuite installé à Barvaux.  Plus tard, mes parents lui ont succédé.  C’est en 2002, qu’à notre tour, mon épouse et moi avons repris le flambeau. Nous fêterons donc les 70 ans des Ets NYS l’année prochaine.

ADL : Combien de personnes y travaillent et quelle est la répartition des tâches ?

L.N. : Nous y travaillons à trois : mon épouse et un ouvrier s’occupent principalement de la production horticole, quant à moi, je gère surtout la planification des cultures (9 à 12 mois à l’avance) et le magasin de fleurs.



ADL : Un petit mot sur vos parcours professionnels, vos formations ? 

L.N. : En ce qui me concerne, j’ai suivi une formation en agronomie à Gembloux.  Bien que, au départ, je m’orientais plutôt vers l’architecture de jardin, je me suis ensuite tourné vers l’horticulture. J’ai poursuivi par une licence en ingénieur agronome que je n’ai pas terminée car je n’aimais pas du tout. Après mes études, je suis allé travailler chez d’autres horticulteurs avant de revenir à Barvaux. A cette époque, j’ai également suivi des séminaires en fleuristerie.  Quant à mon épouse, elle a une formation d’éducatrice.

ADL : D’où viennent vos clients ? 

S. et L.N. : Beaucoup sont du coin, mais on rayonne jusqu’Harzé, Marche, Manhay, La Roche, Hamoir. On essaye justement de mettre en place un système qui nous permettra de connaître la provenance de nos clients car, si on les reconnaît, on ne connaît pas nécessairement leur nom et encore moins leur adresse !  Le but étant d’améliorer notre communication.

ADL : Vous n’êtes pas situés sur un lieu de passage…

S. et L.N. : En effet, c’est principalement le bouche à oreille qui nous amène nos clients.
Dernièrement, on s’est même rendus compte que beaucoup de gens venaient chercher des fleurs sans connaître l’existence des serres et de notre production de plantes et inversement. C’est une des raisons pour laquelle nous avons transformé nos installations. (NDLR : Le magasin de fleurs se trouve désormais à l’entrée de la jardinerie.)



ADL : Le comportement d’achat des consommateurs a t-il évolué ?

L.N. : Oui, nous constatons que le jardinier d’antan était beaucoup plus prévoyant. Il achetait ce dont il avait besoin à la fin de l’hiver et allait dans son jardin quand c’était le moment d’y aller, quelle que soit la météo, en bottes et en imperméable, si nécessaire. Le jardinier d'aujourd’hui, par contre, n’anticipe plus rien. Il se rend dans son potager, uniquement quand les conditions climatiques sont optimales. C’est d’autant plus difficile pour nous car nous devons être prêts à tout moment. De plus, il y a une génération qui n’a pas connu le potager (les 50-60 ans). Pourquoi ?  Je ne me l’explique pas, mais c’est flagrant ! Ces personnes comptaient, sans doute, sur le grand potager de leurs parents…



ADL : Avez-vous déjà pensé à développer le commerce en ligne ?

S. et L.N. : Oui, nous avons commencé à le faire sur notre site, mais il faut reconnaître, qu’actuellement, nous fonctionnons davantage avec des sites de transmission de fleurs. Ceux-ci permettent aux clients de prendre directement contact avec un fleuriste dans le monde entier.
Néanmoins, l’achat en ligne via notre site prend de plus en plus d’ampleur, surtout aux anniversaires, aux décès et aux fêtes. Nous constatons que même des clients habitant ici tout près l’utilisent.
Nous espérons améliorer prochainement notre site en y répertoriant tous nos produits et en les illustrant par une photo, mais c’est un sacré boulot ! Nous nous orientons plutôt vers des achats en ligne avec enlèvement sur place ou livraison dans notre rayon d’action (voir plus haut). Le but n’est pas d’aller vendre une fourche ou 3 plantes à Bruxelles, mais de faciliter la vie du consommateur local.

ADL : Comment fidélisez-vous votre clientèle ?

S. et L.N. : Précédemment, nous avions déjà mis en place quelques petites actions : week-ends portes ouvertes, remises, petites formations…  Quand les travaux seront entièrement achevés, nous envisageons de mettre le focus sur 2 ou 3 produits promotionnels par semaine, mais il s’agira de bien communiquer pour le faire savoir !

ADL : Comment se démarquer, faire la différence face aux supermarchés, aux nouvelles jardineries ?

L.N. : Notre force, c'est notre propre production de plantes, ainsi que la qualité de nos produits.  C'est également le conseil et le service à la clientèle.



ADL : Qu'en est-il de la réglementation des produits phytopharmaceutiques ?

L.N. : Quand j’ai commencé à travailler, il fallait une agréation pour pouvoir vendre et conseiller ces produits. Ensuite, la grande distribution a tout fait pour qu’ils soient vendus librement aux clients. En toute modestie, il y a 15 ans, j’ai dit à un responsable de BAYER, leader dans la phytopharmacie, qu’il était en train de scier la branche sur laquelle il était assis. Et c’est chose faite ! A cause des dérives, des produits utilisés à mauvais escient, on en retrouve dans les nappes phréatiques. Le résultat ? On a retiré tous les herbicides et une bonne partie des insecticides du marché. Je suis pour le respect de l’environnement, mais les produits phyto sont comparables aux antibiotiques : il faut essayer de s’en passer, mais les éliminer, on ne peut pas !

ADL : Et qu’en est-il aujourd’hui ?

L.N. : Le gouvernement fédéral a remis une phytolicence en place. Il s’agit d’un certificat qui assure une manipulation correcte des produits phytopharmaceutiques par les utilisateurs professionnels, distributeurs ou conseillers. De plus, ceux-ci devront participer à certaines formations pour prolonger leur phytolicence. Je trouve cela tout à fait normal, on ne s’improvise pas phytopharmacien !

ADL : Sur quels critères sélectionnez-vous vos produits ? Donnez-vous la préférence aux produits écologiques ?

S. et L.N. : Oui, pour preuve : les engrais naturels/organiques représentent 95% de notre rayon « engrais ». On va toujours prôner le respect de l’environnement et essayer de proposer des alternatives aux produits chimiques. Pour les insecticides, par exemple, on essayera de trouver des prédateurs pour chaque problème (les coccinelles contre les pucerons, les acariens contre l'araignée rouge, …).
Cependant, ces méthodes plus naturelles nécessitent plus de temps et d’observation.


ADL : Où sont produites les fleurs coupées, en général ?

L.N. : Il y a 20 ans d’ici, les fleurs étaient produites en Belgique, en Hollande et dans le sud de la France. (L. Nys nous parle de son voyage rhéto durant lequel il a visité des cultures de rosiers au sud de Lyon). Maintenant, ces productions se sont déplacées au Kenya, en Ethiopie, en Equateur où le climat est le même toute l’année.

ADL : Existe-t-il, dès lors, une solution pour offrir des bouquets plus éco-responsables ? 

L.N. : Ce serait déjà de privilégier les fleurs de saison.


ADL : La fleur, un marché qui se maintient plutôt bien, malgré la crise ? 

L.N. : Je dirais oui pour les plantes et le jardinage, mais pour la fleur coupée, c’est plus difficile.
Si faire son potager est une économie pour certains, c’est la recherche d’une alimentation plus saine pour d’autres, surtout maintenant.

ADL : L’horticulture est un métier saisonnier.  Nécessite-t-il une gestion particulière ?

S. et L.N. : En effet, certaines périodes sont plus intenses que d’autres. D’avril à fin juin, par exemple, nos journées de travail commencent à 5h et se terminent vers 23h. Il ne faut cependant pas perdre de vue que dès qu’une saison est terminée, une autre recommence. Les serres sont remplies presque continuellement.
De temps en temps, pour faire face à la surcharge de travail, nous faisons appel à des intérimaires, des stagiaires ou des travailleurs saisonniers.



ADL : Etes-vous fier de votre territoire ?  

L.N. : Comme je suis né à Barvaux et que j’y vis encore, j’y suis forcément attaché, mais l’augmentation d’insécurité et le manque de propreté à Barvaux m’agacent. Quand je pense que, quand j’étais petit, on me laissait gambader seul dans le village…  Ce ne serait plus le cas maintenant ! Néanmoins, notre région est magnifique.  Nous sommes privilégiés !

ADL : Le fait que Durbuy soit une commune touristique, est-ce un plus pour votre activité ?

L.N. : Nous vivions davantage du tourisme avant. Je pense que, précédemment, les propriétaires de secondes résidences faisaient davantage vivre le commerce local car ils y revenaient très régulièrement. Maintenant, si les secondes résidences sont encore nombreuses dans la commune, beaucoup sont converties en gîtes ou occupées par la seconde génération, uniquement quelques week-ends par an.

ADL : Quelles sont les principales qualités d’un horticulteur et d’un fleuriste ?

L.N. : Pour moi, être un bon horticulteur, c’est être observateur et réactif. Quant à la qualité principale du fleuriste, c’est la créativité avec le respect des fleurs.

ADL : Selon le Forem, en 2010, il y avait pénurie de fleuristes…  Aujourd’hui, qu’en est-il ?

L.N. : C’est toujours le cas.  Pour preuve, depuis 2 ans, je cherche quelqu’un pour me seconder dans la fleuristerie et je ne trouve personne qui travaille avec passion et respect de la fleur. Je suis peut-être exigent, mais c’est parce que le consommateur et le métier le sont aussi. Beaucoup se lancent dans ce domaine en sous-estimant le travail. Ça ne se résume pas à la composition d’un bouquet ! Je constate également beaucoup de lacunes dans l’apprentissage des jeunes et, souvent, un manque de créativité.

ADL : Prévoyez-vous encore des changements pour les années à venir ?




S. et L.N. : Aujourd’hui, la 1ère phase des travaux touche à sa fin et nous sommes déjà très satisfaits du résultat. Bientôt, débutera la 2ème phase avec, entre autres, le réaménagement de l’ancien magasin de fleurs.  Ces travaux devraient faciliter les déplacements à l’intérieur du magasin.
Notre objectif est de satisfaire au mieux notre clientèle !




Basse Cour, 20 | 6940 Barvaux
Tél. : 086 21 14 30
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Entretien rédigé par Marie-Agnès Piqueray



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