mercredi 20 juin 2018

Portrait | Alexis Lenoir, médecin généraliste à Bomal

D’ici 2025, on estime que 45% des 240 médecins généralistes actifs aujourd’hui en province de Luxembourg prendront leur retraite.  Parallèlement, trop peu de jeunes médecins s’installent à la campagne.  Nous en avons toutefois rencontré un, Alexis Lenoir, récemment installé à Bomal. Celui-ci a accepté de nous ouvrir sa porte et de nous donner son point de vue sur la problématique de pénurie de médecins en milieu rural.



ADL : Monsieur Lenoir, quel a été votre cursus et depuis quand exercez-vous le métier de médecin généraliste ?

Alexis Lenoir : Originaire d’Herbet, j’ai effectué mes études secondaires dans la région, puis entrepris des études de médecine à Liège. Après avoir réalisé des stages dans le domaine hospitalier, j’ai travaillé en tant qu’assistant chez le docteur Sneessens, à Ferrières, pendant 2 ans. En décembre 2017, j’ai ouvert un cabinet médical à Bomal.

ADL : Pourquoi avoir choisi cette profession ?

A.L. : Depuis l’âge de 12 ans, je savais que je poursuivrai la médecine. Le corps humain et son fonctionnement m’ont toujours intéressé. De plus, comme la médecine évolue sans cesse, j’ai la chance de pouvoir continuer d’élargir mes connaissances. Contrairement à certaines personnes qui, face à notre époque d'hyper spécialisation, pensent que le métier de médecin généraliste est « en voie de disparition » ou qu'il ne lui "reste qu'un petit rôle", je pense, au contraire, qu’il a une place centrale et qu'il va beaucoup évoluer d'ici les 15 prochaines années. Il sera plus diversifié.

ADL : Comment expliquez-vous cela ? 

A.L. : Selon moi, l’évolution de la technologie permettra aux médecins généralistes de mieux gérer certaines pathologies. Je viens de m’équiper, par exemple, d’une nouvelle machine d’échographie et me forme toujours actuellement à son utilisation. Il ne s'agit évidemment pas de remplacer la fonction du radiologue, mais il va sans dire qu'un tel outil ouvre la voie vers une pratique un peu différente. Il améliore la prise en charge de mes patients et est une aide au diagnostic. Déjà bien répandu en Allemagne et en France, il sera sans aucun doute le stéthoscope du 21ème siècle !

ADL : Pourquoi avoir choisi Bomal ?

A.L. : Je suis en couple avec une Bomaloise et, ensemble, nous avons décidé de rester à Bomal. Le travail du médecin de campagne me semble plus diversifié que celui de ville car, vu l’éloignement des hôpitaux, le patient appelle plus facilement son médecin traitant. Aussi, sommes-nous amenés, peut-être, à rencontrer plus de pathologies qu’en ville. 

De plus, en tant que jeune médecin, et comme la commune de Durbuy fait partie d’une zone de médecine générale à très faible densité médicale, j’ai pu bénéficier d’une prime à l’installation (Impulseo) de la part de la Région Wallonne.



ADL : Comment un médecin se constitue-t-il une patientèle ?

A.L. : Pour ma part, c’est essentiellement le bouche à oreille qui fonctionne. 

ADL : Quelles sont les principales qualités requises pour exercer le métier de médecin généraliste ?

A.L. : La patience, l’écoute et les connaissances, bien sûr !

ADL : Les médecins n’effectuaient-ils pas plus de visites à domicile auparavant ?

A.L. : C'est fort probable. Mais comme les médecins en zones rurales sont de moins en moins nombreux, ils sont tenus de mieux gérer leur temps afin de satisfaire toutes les demandes de leurs patients. Le temps qu’ils passent sur la route est aux dépens de celui qu’ils passent avec eux... De plus, les médecins sont mieux équipés pour recevoir leurs patients dans leur cabinet qu’à leur domicile.

ADL : Qu’est-ce qui motive un jeune à choisir la profession de spécialiste plutôt que celle de médecin généraliste ?

A.L. : Le confort de vie. Les spécialistes n’ont pas la même contrainte au niveau de la continuité des soins et sont souvent rattachés à un hôpital qui gère leur agenda. Leur charge administrative est aussi bien moindre. Quant à leur horaire, de manière générale, il est très différent de celui des généralistes.

ADL : Combien d’heures travaillez-vous par semaine en moyenne ?

A.L. : Comme je travaille seul et que je dois assurer un système de garde de 8h à 18h, je travaille minimum 50 heures par semaine, auxquelles il faut rajouter les gardes de nuit une semaine sur deux, ainsi que les soins palliatifs qui m’obligent à être joignable à toute heure, de jour comme de nuit.

ADL : La grande majorité des médecins généralistes sortant des études s’orientent vers une pratique de groupe (médecins travaillant ensemble au même endroit ou à des endroits différents). Quels en sont les avantages ?

A.L. : Ces regroupements permettent d’alléger les horaires en répartissant le travail entre confrères. Ils favorisent également le partage des connaissances et des expériences entre associés. Et enfin, ils simplifient également la gestion administrative, le coût d’un secrétariat devenant plus abordable, car supporté par plusieurs employeurs. Notons que ces regroupements sont plus nombreux en ville, vu le nombre de médecins qui y est plus important.

ADL : Y avez-vous déjà songé ?

A.L. : Oui. Travailler en association avec d’autres médecins du coin me plairait, comme à Erezée, par exemple, où s’est ouvert un centre médical regroupant huit médecins généralistes. Actuellement, je partage les locaux avec une kinésithérapeute, Laura Piret, et un centre de prélèvements, sprl AB soins à domicile, mais chacun de nous est indépendant.

ADL : Il existe la Maison Médicale à Barvaux ...

A.L. : En effet, mais les médecins qui y travaillent sont payés au forfait et non à l’acte (perception classique des honoraires). Cela me correspond moins.

ADL : En Wallonie, 2/3 des communes rurales connaissent une pénurie de médecins généralistes. Selon vous, comment sommes-nous arrivés à une telle situation ? 

A.L. : Auparavant, les médecins préféraient garder une certaine indépendance en travaillant seul. Ils ne comptaient pas leurs heures, confiant les tâches familiales à leur épouse. Maintenant, les mentalités ont changé : la plupart des épouses travaillent, les papas s’occupent davantage de leurs enfants... Parvenir à un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée demande beaucoup de sacrifices et peut décourager certains jeunes à entreprendre une telle carrière.

ADL : D’après vous, hormis la prime à l’installation de la Région, qu’est-ce qui pourrait attirer de jeunes médecins à venir s’installer dans notre commune ?

A.L. : L’existence de pratiques de groupe dans la commune permettrait certainement de rassurer les jeunes diplômés désireux de s’installer. La mise à disposition d’un local ou d’un logement par la commune durant les premiers mois de leur installation serait également un plus. Enfin, promouvoir l’environnement de travail unique qu’offre la commune de Durbuy...

ADL : www.santeardenne.be , le site de la province du Luxembourg dédié à la médecine générale en Ardenne. Vous connaissez ?

A.L. : Oui, ce site a l’objectif de valoriser les spécificités du métier liées au milieu rural. Il s’adresse aussi bien aux étudiants, assistants, médecins déjà installés, qu’aux patients. Chaque trimestre, au sein de son bulletin d'information "Le MAG", Santé Ardenne aborde une thématique en rapport avec l'attractivité de la médecine générale rurale.

ADL : Pour conclure, quel est votre regard sur le nouvel examen d’entrée en médecine en Wallonie ? Est-ce une bonne chose, selon vous ?

A.L. : Selon moi, non. Premièrement, quel est l'intérêt de sélectionner un futur médecin sur des matières non médicales ? Et deuxièmement, je pense qu'il ne respecte pas le principe de l’égalité des chances. Si sa réussite dépend, entre autres, de l'option choisie dans le secondaire, elle tient également aux cours préparatoires que certains étudiants auront les moyens de financer ou non. Je le trouve donc discriminatoire.

Docteur Alexis Lenoir
Route de Barvaux 6 | 6941 Bomal

                                                                                             Entretien rédigé par Marie-Agnès Piqueray, juin 2018


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